Publié le

14 / 11 / 2011

14 : 15

Une note pour mon monstre personnel. Voilà longtemps que je n’osais venir le nourrir. Il risquait de dépérir et de mourir. Comme moi.

Je me suis posé beaucoup de questions. J’ai trouvé peu de réponses. « Pourquoi ? », me suis-je dit. Stephen, au fond de ma tête, à dit : « Parce qu’il n’en a jamais rien eu à foutre ». Oh non, Steve, oh non, c’est trop cruel. Mais je l’ai toujours su, n’est-ce pas ? Que ça finirait ainsi. Que fait-on d’une souris de laboratoire ? On l’utilise jusqu’à ce qu’elle meure. Que fait-elle si on la relâche dans la nature ? Elle ne s’adapte pas et meurt. Il n’y a pas d’issue.

Que dois-je faire ? Je refuse. De ne plus lui parler. De ne plus jamais le revoir. Je refuse. Cheval noir ou pas, ma tête n’est pas encore brisée. Et je m’en veux, je m’en veux. Si j’avais osé lui dire « ne me parle pas, pas cette fois, je ne le supporterais pas », il serait encore là. Je m’en veux. Je ne suis qu’un incapable. Incapable d’être intelligent, ou d’être quelqu’un de bien. Incapable de garder celui que j’aime le plus au monde. Je suis stupide, égoïste, mauvais, et je me déteste par-dessus tout.

Malgré tout ça, je suis encore rassuré rien qu’à la vision de son prénom.

Marc. Marc. Marc. Marc. Marc. Marc.

Je peux l’écrire ainsi à l’infini. Mais Marc n’est pas là. Il y a des traces qui ne partiront pas. Quand je les vois, je pense à lui. Ça me donne envie de chialer. Si je pouvais encore, comme un enfant, le faire sans gêne, je pleurerais sans cesse. En fait, la vraie question n’est pas « Pourquoi est-il parti ? » mais « Pourquoi ai-je agi ainsi ? ». Car la première réponse est facile à trouver : « Parce que je l’emmerde ». La question est donc : « Pourquoi l’emmerdais-je ? ». Et cette réponse-là est bien compliquée. En attendant de la trouver, je rassure Stephen. Si jamais tout cela l’a intéressé, je suis sûre à présent qu’il n’en a plus rien à foutre. Le pire, en fait, ce n’est pas de souffrir ; c’est de savoir que Marc s’en fiche éperdument.

Ca me rend fou. Quand j’y pense, ça me donne envie de hurler.

14 : 41

J’ai froid à l’intérieur. Je me fiche du monde. Je voudrais qu’ils sachent tous. Je voudrais tout leur hurler. Personne. Il n’y a personne pour écouter ; personne pour comprendre. Personne sauf cette feuille de papier.

14 : 43

Tout au fond du couloir sombre, dans une de ces pièces closes, une chose à la forme humaine hurle.

« Ce n’est plus humain désormais, dit le docteur. Tout ce qui était dedans est mort. »

« Pourquoi ? », demande l’autre.

« Je ne peux pas le dire avec certitude. Il y avait un homme ; il est parti ; c’est devenu fou. »

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