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Message. Pour M.

Je ne sais pas du tout par où je devrais commencer. En fait ce n’est pas comme si j’avais un commencement et une fin dans mes propos. Pendant que j’écris ça, je pense que tu ne le liras jamais, que tu vas le supprimer dès que tu le verras, que tu t’en fous, de toute manière, que… J’ai envie de vomir et de m’enfuir. C’est un peu comme les fois où j’arrive en retard en cours, je suis là, devant la porte, comme un imbécile, et je ne veux pas frapper, je ne veux pas frapper parce que j’ai tellement peur que la classe me regarde et qu’ils pensent quelque chose, n’importe quoi, j’ai trop peur des gens à l’intérieur. Alors je reste là, à trembler vaguement, et je me dis que je peux toujours rebrousser chemin, ressortir par la cour, m’enfuir du lycée, aller dans la gare qui est deux rues plus bas, monter dans un train, n’importe lequel, pour n’importe où, même si j’ai pas de billets, on s’en fout, je pourrais aller trouver un endroit quelconque où je n’aurais pas besoin de frapper à la porte et …

Un. Deux. Trois. Je frappe… pas. Je recommence. Un. Deux. Trois. Je frappe et la porte s’ouvre.

Toujours là ? Alors peut-être que tu as l’intention de lire ça jusqu’au bout. Ca serait bien. Ouais, ça serait bien. Peut-être que tu t’en fous. Peut-être que c’est amusant, j’en sais rien, j’ai jamais réfléchi à ça, j’essaierais, un jour… Et puis en fait non. Ca n’est pas drôle, ça je le sais. J’ai envie de vomir. Très envie de vomir. Je suis malade, mais ce qui me rend malade c’est mon angoisse, comme d’habitude. Je pense que quand tu vas lire ça tu vas encore plus me haïr. Je pense que ce n’est pas la peine, je peux encore rebrousser chemin, ressortir de l’appartement, prendre un tramway, aller jusqu’à la gare quelques arrêts plus loin, sauter sous un train, n’importe lequel, pour n’importe où, même si ce n’était pas ce que j’attendais, on s’en fout, je pourrais aller trouver un endroit quelconque où tu ne me détesterais pas et…

Un. Deux. Trois. Je continue d’écrire.

J’avoue qu’à l’instant exact où K.  m’a dit que tu m’avais définitivement supprimé, je n’y ai pas cru. Pas cru du tout ( c’est une blague une erreur j’ai mal lu c’est une erreur d’expression un rêve non un cauchemar allons ça ne peut pas être réel ça ne peut pas être réel c’est faux tout est faux c’est une blague une mauvaise blague une erreur j’ai mal lu je vire cinglée oh mon dieu qu’est-ce que je vais faire qu’est-ce que je vais faire ). Ensuite j’ai décidé qu’il fallait faire quelque chose. Je pouvais me pendre, me mettre la tête dans un sac, me jeter par la fenêtre, ouvrir l’armoire à médicaments, courir vers la gare… J’ai rien fait et je le regrette. J’ai rien fait sauf prendre la lame de cutter qui était posée sur le bureau et commencer le dessus de mon bras.

Un. Deux. Trois. Je continue d’écrire.

La sensation que tout était irréel est partie avec la douleur et l’endorphine. Je me sentais d’excellente humeur. Ouais, je me sentais comme un dessin nouvellement dessiné sur une feuille immaculée. Un dessin sans émotion, sans vie, fièrement exposé là avec un grand sourire et un vide profond. J’étais juste vide. Juste vide. Tout a disparu à ce moment là et je me suis allongé sur mon lit comme ça je pouvais chialer sans qu’on me dérange.

Un. Deux. Trois…

Ensuite les jours ont passé. Il a fait gris. Non, je veux dire, il a fait gris à l’intérieur, parce que le ciel était assez beau. Mais de toute façon il faisait gris tout les jours, tout le temps. June était sympa, Sarah aussi, leurs amies étaient gentilles. Du café, je sens encore l’odeur du café pendant que je tape sur mon ordi, et pourtant, il n’y a jamais eu de café dans cette chambre. Mais j’ai bu plein de café et toute la journée je restais là, hystérique et pseudo-fou de joie. « Comme d’habitude, il est égal à lui-même : joyeux, toujours le mot pour rire, toujours là pour remonter le moral. » Nous te connaissons si bien. J’avais tellement envie de courir vers la gare.

Un. Deux. Trois.

Ensuite tout s’est effondré. Les mots n’avaient plus de sens. Plus aucun. Seuls ceux qui tu avait un jour tapé valaient encore quelque chose. Je me les rappelais et je pleurais. Je pleure toujours. Ma mère disait il y a quelques années que je ne pleurais jamais et qu’il fallait vraiment que j’ai très mal pour pleurer. Il faut croire que j’ai vraiment très mal. Depuis des semaines, tous les soirs je ne fais que chialer.

Un. Deux. Trois.

So many things I wanted to say, but we never had the time

Picturing those memories I have

Don’t act like you still are as cold as ice.

I think I’ll wait till tomorrow

To drown my sorrow

I’m really feeling down, it’s over

My world is turning

So these words mean nothing

All that I need for now

Are your arms…

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