Publié le

(Extrait de conversation MSN)

je dis:

22:42:49
Bon.
22:44:34
J’avais 7 ans quand j’ai sauté une classe et autant que je me souvienne toute la merde qui m’est arrivée dans ma vie a commencé à partir du moment où je suis entrée dans ma nouvelle classe en plein milieu de l’année. Je me suis assise à côté d’une fille qui avait l’air sympa. Je lui ai dit bonjour et elle m’a regardé comme si elle voyait un truc nuisible et répugnant assis à côté d’elle. A partir de ce moment-là, j’ai su que c’était foutu.
22:45:20
Tout le reste de l’année, personne ne s’est intéressé à moi. Les gens ne m’aimaient pas et je mangeais tout seul tout le temps. Sans cesse, je me faisais insulter, j’étais le bouc émissaire des autres et tout le monde se moquait de moi.
22:47:19
Les gens me trouvaient bizarre, parce que je ne faisais que lire des livres et que je ne jouais pas avec des amis, mais au fond, c’était eux qui m’avait rendu comme ça, et plus ils me détestaient, plus je les haïssait. Quand je disais à ma mère ce que me disaient les autres, elle criait et disait que c’était moi qui était mauvais avec eux et que tout était de ma faute. Depuis cette époque, elle n’a jamais cessé de répéter que j’étais lâche et que je mettais toujours mes fautes sur le dos des autres.
22:49:38
J’ai passé quatre ans de ma vie sans le moindre ami, sans personne, et entre mes 9 et 10 ans j’avais trois tentatives de suicide en compte, parce que voilà, ça ne valait pas le coup de continuer toutes ces conneries. Dès qu’il y avait le moindre petit problème, je fondais en larmes. Et puis au bout d’un moment, j’ai arrêté de pleurer, parce que ça n’avait jamais servi à rien. Ma mère était très fière de dire que j’étais psychologiquement très fort et qu’il fallait vraiment que je me fasse très mal pour que je pleure. Mais au fond, tous les soirs, je passais une demi-heure ou une heure à chialer dans mon lit, parce que voilà, c’était comme ça.
22:50:22
Je suis entré au collège alors que j’avais 9 ans et au début, les ennuis ont redoublé, parce qu’il y avait encore plus de gens en train de me détester. Et puis j’ai rencontré Floriane.
22:51:35
Elle était gentille, elle était drôle, et elle ne disait pas que j’avais une maladie rare et qu’il ne fallait surtout pas s’approcher de moi. Alors je l’adorais, et on s’adorait tout les deux. Elle, c’était son père avait qui ça allait pas, moi ma mère, on se moquait d’eux en secret, c’était génial, j’avais une amie.
22:53:17
Après, Bénédicte et Alexandra sont venues, et au départ ça a été encore mieux, puis ça a été moins bien. Très vite, Béné et Alex ont plus arrêté de se disputer et moi et Flo devions sans cesse les raccommoder. Alexandra avait très mauvaise réputation dans le collège et on en souffrait tous. Quand j’allais mal, personne ne m’écoutait, car le seul vrai défaut de Floriane, c’est qu’au lieu de remonter le moral, elle changeait de sujet. Elle n’était pas très douée à ce niveau-là.
22:55:41
Et puis ma mère a reçu sa mutation pour un poste dans la région parisienne. Tout avait l’air parfait : le domicile était immense, situé dans un vieux château, le lieu accueillant, ma soeur venait avec nous, j’allais être éloignée de cette belle-mère qui ne me supportait pas, j’avais une chance de renouer avec ma mère – le conflit n’était pas aussi étendu qu’aujourd’hui. Ca avait l’air tellement bien, et au fond, ça aurait pu marcher, mais ça n’a pas marché. J’ai dit au revoir à Floriane et à mes amies et je suis parti avec ma mère.
22:57:20
A Conflans, la ville où nous étions partis, le rêve ne s’est pas réalisé. Au collège, j’avais certes quelques amis, mais finalement, aucun d’entre eux ne m’intéressaient vraiment, c’était plutôt histoire de ne pas être tout seul. Chez moi, l’athmosphère était atroce. Je me sentais étouffer, l’idée du suicide était comme omniprésente, une sorte de chose qui me suivait partout pour me conseiller de crever. J’en rêvais sans parvenir à le faire.
22:58:00
Et au milieu de tout ça, j’avais un petit ordinateur portable, celui sur lequel j’écris en ce moment, et dessus j’avais internet, et dans internet il y avait un foutu forum de RP qui m’a sauvé la vie.
22:59:12
Sur ce forum, il y avait une communauté, je pouvais parler et presque tout le temps les gens m’écoutaient. C’était comme d’avoir des amis. J’écrivais depuis le bord de la fenêtre en faisant semblant d’aller très bien et au fond, rien n’allait bien, mais c’était pas bien important : j’avais l’impression d’avoir des amis.
23:00:08
Dessus, il y avait un type qui s’appellait « SilverWolf » et que je trouvais sympa et drôle, et que tout le monde aimait bien. Je le prenais pour un admin alors qu’il était simple membre et puis très vite je me suis mis à l’adorer.
23:01:02
Au collège, ça allait un peu mieux, parce que simplement, j’avais des gens à qui je pouvais penser au lieu de m’ennuyer en cours. chez moi, quand ça allait mal, je rentrais dans ma chambre, je cliquais sur l’onglet « OPRPG » et j’échangeais de vie avec une autre personne.
23:01:26
Au bout de 4 mois, j’ai demandé à mon père de rentrer chez lui et je suis parti.
23:03:24
Mais j’ai pas quitté OPRPG. Au contraire, sans ma mère qui vérifiait tout ce que je faisais, j’y passais de plus en plus de temps, les gens commençaient à me connaître et moi je m’amusais franchement. La première personne dont j’ai eu le msn sur ce forum, c’était justement ce type qui avait le pseudo de Silverwolf et qui IRL s’appellait Marc. Je l’adorais. Plus que ça, je l’adulais, j’aimais tout ce qu’il disait, je le trouvais génial, j’avais un énorme complexe d’infériorité et je m’en foutais.
23:04:57
Plus le temps passait, plus je l’adorais, plus je m’attachais à lui, et plus je commençais à me poser de questions sur ce que j’étais vraiment censée ressentir. Finalement, il fallut se rendre à l’évidence, j’étais tombée amoureux. Pour la première fois aussi violemment. Ca me prenait aux tripes, c’était une évidence, j’avais l’impression d’avoir perdu tellement d’années à ne pas le connaitre…
23:06:35
Au fur et à mesure, je devenais complètement dépendant de sa présence et je pensais à lui non-stop. Quand ça allait pas, je pensais à des trucs sympas qu’il m’avait dis ou à notre dernière discussion, et puis, c’était toujours mieux que rien. Je m’en rendais pas compte mais même quand je croyais le contraire, tout allait bien. On ne se rend compte de ce qu’on a que lorsqu’on le perd.
23:08:20
Mais on se disputait de plus en plus souvent et je le vivait mal. Je faisais régulièrement des cauchemars où je rêvais de lui. Je voulais lui en parler, mais j’en avais peur. Je lui en racontais des morceaux, sans lui en laisser voir l’intégralité. Je lui disais avoir rêvé de lui et d’un hôpital, sans préciser que j’étais à l’hôpital parce qu’il m’avait coupé les jambes.
23:09:22
Et puis, il y avait ses foutues choses. Des trucs qui, même s’ils n’existaient pas, je les sentais, je les devinais, je pouvais presque les voir tant je savais tous les détails de leur constitution. J’avais peur de les voir réellement, ça m’aurait tué sur place s’ils avait été réels.
23:10:59
Pourtant, au fil du temps, les choses disparaissaient, et moi je m’attachais à Marc, et pourtant on se disputait sans cesse. Ou alors on avait plus rien à se dire. Je me sentais mal, parce que quelque part, d’une manière ou d’une autre, ça devait être ma faute. Je voulais attirer son attention et en même temps je voulais que tout redevienne comme avant. En fait, je ne savais pas ce que j’attendais de lui, ce que j’attendais de moi, et ça me rendais fou.
23:11:47
Et puis voilà, un jour, on s’est disputé la fois de trop, et le lendemain tu m’as dit qu’il m’avait supprimé. Donc j’allais plus le revoir.
23:12:37
D’abord j’y ai pas cru. Ca pouvait juste pas être réel, ça pouvait pas exister, c’était faux, tout était faux, c’était un de ces cauchemars, c’était une blague, c’était temporaire, tu t’étais trompée de formulation, je ne sais pas.
Ca ne pouvait pas exister.
23:13:04
Et puis je me suis rendu compte que si, parfaitement, et là je me suis demandé si j’allais me suicider ou non.
23:13:25
Finalement je me suis juste coupé le bras. Ensuite j’ai laissé cicatriser autant mon bras que tout le reste deux jours.
23:14:03
Au bout de deux jours j’ai cru que c’était fini, que c’était aussi simple que ça, puis je me suis rendu compte qu’en fait, non, j’étais juste vide, juste vide, il ne restait plus rien.
23:14:37
Marc c’était un peu comme ma raison de vivre, et si ma raison de vivre ne voulait plus me parler, alors il ne restait plus rien, j’étais juste là à exister, juste à exister, inutilement.
Et voilà où nous en sommes aujourd’hui.
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